Humanitarian Techno Pole - 2010/2011  
 
SOMMAIRE  
POURQUOI INTERNET EN AFRIQUE ?
UN POTENTIEL DE CONSOMMATION EN PLEINE EXPLOSION
LA VISION HUMANISTE DES ACTEURS LOCAUX EST DÉTERMINANTE.
TRANCHES DE VIE : TIC ET BIDONVILLE
UN INVESTISSEMENT POUR L’AVENIR : LANCEMENT DU CABLE «  ACE »
L’EXPLOSION DE LA TÉLÉPHONIE MOBILE
INTERNET : ÉTAT DES LIEUX
LES LIMITES DE L’ORDINATEUR PERSONNEL
SYNTHÈSE ET ORIENTATION POUR RÉDUIRE LA FRACTURE NUMÉRIQUE
RISQUES DE L’ÉMERGENCE DE CE MODÈLE NUMÉRIQUE
ATTENTION, « TOUBAB DENEW NIT !!! »
CONCLUSIONS
 
   
SOURCES

Copyright 2010/2011 Humanitarian Techno Pole
Laurent Piolanti & Sophie De Herdt



POURQUOI  INTERNET EN AFRIQUE ? SOMMAIRE

L’ONU vient d’ouvrir ce 21 septembre 2010, son sommet sur les objectifs du millénaire pour réduire la pauvreté dans le monde.

Considérant ces chiffres pour l’Afrique subsaharienne, le pourcentage de personne vivant sous le seuil d’extrême pauvreté (<1.25$ par jour), a diminué pour passer de 58% en 1990 à 51% en 2005. Les projections sont optimistes, puisque ce pourcentage devrait tomber sous la barre des 30% à l’horizon 2015.

Cependant, si l’on pondère ces chiffres avec l’accroissement démographique des pays, on se rend compte que le nombre absolu de personne vivant avec moins de 1.25$ ne cesse d’augmenter. On comptait 296 millions d’habitants sous le seuil de pauvreté en 1990 et les projections les plus favorables annoncent 366 millions (+25%) à l’horizon 2015…
 Évolution du taux de l’extrême pauvreté dans le monde. 

Dans ce contexte, la question se pose : « Pourquoi développer internet en Afrique alors que les gens n’ont pas de quoi se nourrir ? ».

Jusqu’au début des années 2000, les économies de l’Afrique subsaharienne ont stagné quand elles ne se dégradaient pas. La pauvreté ne reculait pas, l’espérance de vie n’augmentait pas et trop de pays agonisaient dans des guerres et des génocides sanglants.

La fracture numérique s’est révélée dans ce contexte. En 2002, les 400000 Luxembourgeois disposaient d’une capacité de connexion au Net supérieure à celle des 760 millions d’Africains (Union Internationale des Télécommunications - rapport 2002).

Depuis ces dix dernières années la situation s’est inversée. Globalement les armes se sont tues, et progressivement, il ne s’est plus agit que de nourrir et de soigner au jour le jour mais de reconstruire, de réhabiliter, d’équiper afin de créer ou recréer les conditions du développement économique.

La problématique a changé et les résultats sont là. Les statistiques du FMI annoncent qu’entre 2000 et 2009 le taux de croissance annuel a atteint, en moyenne, 5.1 %, et ce malgré une année 2009 plutôt médiocre (+2.5 %).

Les cabinets de conseil et d'études découvrent que l'Afrique est devenue le continent des opportunités et entre 2000 et 2008, l’apport annuel des investisseurs est passé de 9 à 62 milliards de dollars (x7). L'élargissement du marché du travail et l'urbanisation favorisent l'émergence d’une classe moyenne qui tire la consommation vers le haut, y compris en matière de nouvelles technologies.

L’afro-pessimisme a  pris un sérieux coup de vieux. Sauf un bouleversement mondial majeur,  tous les indicateurs changent de couleurs. Le continent oublié, déchiré par les conflits, arrive sur le devant de la scène.
Mais ne soyons pas naïfs, les disparités restent considérables. Le taux d’alphabétisation reste trop faible, les épidémies continuent de ravager les populations, la bonne gouvernance tâtonne et qu’en sera-t-il de la redistribution des richesses générées ?

Alors pourquoi Internet ?  Parce que c’est un vecteur incontournable du développement, parce qu’il permet de combler à moindre coût les carences énormes en terme d’accès au savoir, de prévention sur les thèmes vitaux de l’hygiène et de la santé.  Parce qu’Internet est une fenêtre ouverte sur le monde.


UN POTENTIEL DE CONSOMMATION EN PLEINE EXPLOSION SOMMAIRE

L’Afrique francophone signifie tous les états d'Afrique ayant la langue française en partage.


 : Pays généralement considérés comme francophones. Ces pays avaient une population de 344 millions en 2010. Leur population devrait atteindre 732 millions en 2050 d'après les projections de population.
 : Pays parfois considérés comme francophones.

UNE POPULATION EN FORTE CROISSANCE,
En Afrique, la prise en compte des dynamiques de population est d’autant plus indispensable que ces dernières sont parmi les plus puissantes que l’humanité ait connues au cours de son histoire.

En 2007, la population mondiale est estimée à 6,7 milliards d’habitants. Derrière l’Asie (60 % de la population mondiale), l’Afrique est depuis 2000 le deuxième continent le plus peuplé de la planète avec 14 %, suivi de près par l’Europe (11 %), l’Amérique latine dont les Caraïbes (9 %), l’Amérique du Nord (5 %) et loin derrière l’Océanie (1 %) (cf. carte 1).


Sources : Nation Unies et CSAO (Club Du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest)

TOUT PARTICULIÈREMENT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
En 2007, l’Afrique subsaharienne abrite 807 millions d’habitants, soit 84 % de la population du continent africain. La progression africaine est donc essentiellement liée à celle de l’Afrique subsaharienne.

UNE POPULATION DE PLUS EN PLUS URBAINE,
L’Afrique subsaharienne et l’Asie sont les régions les moins urbanisées du monde (environ 40 % en 2005). Mais c’est dans ces deux régions que la croissance de la population urbaine est actuellement la plus rapide ; celle-ci pourrait atteindre près de 55 % de la population en 2030, réduisant ainsi le retard accusé par rapport aux autres régions du monde.

L’urbanisation est un phénomène inéluctable. La gestion de la croissance urbaine,  la mise en place d’infrastructures et de services adéquats sont une priorité absolue pour les pays subsahariens.

ET DE PLUS EN PLUS JEUNE,


Sources : Nation Unies

Aujourd’hui, 60 % des Africains de l’Ouest ont moins de 25 ans et 70 % moins de 30 ans. Cette jeunesse en devenir est au centre de toutes les préoccupations.

Une population, en pleine croissance économique et démographique, de plus en plus urbaine et de plus en plus jeune, représente un potentiel immense de consommation. L’attrait de ces nouveaux marchés à conquérir explique l’affluence des investisseurs et dans ce contexte, le marché des TIC véhicule les perspectives les plus rentables.  


LA VISION HUMANISTE DES ACTEURS LOCAUX EST DÉTERMINANTE SOMMAIRE

Le développement d’internet ne suit pas uniquement des visées mercantiles. Il est réconfortant de mesurer l'ambition et la motivation de certains acteurs civils pour l'ouverture et le développement de l’internet.

La résistance au changement à laquelle on se confronte souvent dans nos pays industrialisé, reste très marginale, voire inexistante. Le vide peut être si conséquent dans certaines régions enclavées, que toute nouvelle initiative est considérée avec curiosité et intérêt.

L'arrivé d'internet et l'ouverture bilatérale vers des mondes nouveaux sont plébiscités par le plus grand nombre, bien conscient des avantages et des progrès que cela peut apporter, sans pour autant, véritablement en mesurer les conséquences.

Pour exemple, ce témoignage de Nouha Cissé proviseur du lycée Djignabo de Ziguinchor, lors de l’ouverture du site internet du lycée, l’un des plus grands du Sénégal avec plus de 5000 élèves : une ville dans la ville.

« Par la magie du net, notre établissement s'ouvre à l'ensemble du Sénégal, à l'Afrique et au reste du monde. Djignabo ambitionne de faire de ce site un carrefour, un cadre de partage qui offre l'opportunité de "regards croisés", pour élargir l'horizon culturel des segments de la communauté éducative de l'établissement. Mais aussi se faire connaitre plus et mieux, exigence d'un monde devenu un village planétaire où l'interdépendance dans la diversité doit et peut enrichir plus qu'elle ne divise. Que chacune et chacun trouve ici l'expression de la disponibilité et de l'engagement du Lycée Djignabo à contribuer à pousser loin les frontières de la xénophobie, de l'obscurantisme, de l'ignorance pour cultiver la solidarité entre les hommes, tous les hommes. »
Nouha Cissé Proviseur du lycée Diignabo  de Ziguinchor (Casamance - Sénégal)

Bien loin des considérations d’ordre économique, cette vision humaniste est axée vers l’échange et le partage. Il est à espérer qu’un mixte intelligent pourra se mettre en place, entre des opérateurs à la recherche de bénéfices et une population dont l’énorme besoin en communication est en train d’exploser.


TRANCHES DE VIE : TIC ET BIDONVILLE SOMMAIRE

Il est 10H30 du matin, nous sommes sur la terrasse qui surplombe l’anarchie de cette périphérie de Dakar. La chaleur commence à frapper les visages.

Le béton a pris le dessus sur les dernières baraques en bois, qui s’écroulent maintenant et disparaissent.  La pluie de l’hivernage s’annonce abondante. Elle a commencé de nettoyer les toits les plus pentus et rejeté les innombrables immondices en contre bas. On trie ce qui peut l’être pour éviter que des objets dangereux ne blessent les passants. Les maçons s’affairent dans une course effrénée pour empiler les parpaings avant que la vraie pluie n’arrive. Le bidonville croit en hauteur. Tout en bas, les ruelles déjà trop étroites se referment sur le ciel et peu à peu les tunnels de cette jungle urbaine disparaissent. 

Les habitants subsistent avec le strict minimum. La nourriture est essentiellement à base de poissons et de riz. Le plat quotidien n’est servi qu’une fois par jour à l’heure du déjeuner.  On le partage entre les occupants de l’étage en essayant de ne pas oublier de laisser une part aux femmes qui l’on préparé et qui attendent en bas.

Il est clair que les pré-requis alimentaires et économiques ne sont pas en place et que le numérique parait bien loin.  Pourtant…

Tout le monde veut un téléphone mobile et nombreux sont ceux qui en possède un.

Ibou, lui, s’est procuré le dernier IPhone chinois. Certes, il ne permet pas de se connecter à Internet mais peut être utilisé comme un simple mobile. Même quand Ibou n’a pas les 1000 FCFA (1.5€) pour recharger sa carte téléphonique, son IPhone reste branché en permanence sur l’unique prise électrique de la pièce, au cas où …

L’écran de l’ordinateur portable est fracassé, mais comme beaucoup de chose ici, il fonctionne encore. Il faut  jongler avec la souris pour n’utiliser que les 10% de l’écran où le clic est encore possible en évitant les zones  où le choc a dessiné l’esquisse d’un dauphin bondissant.  Cherou l’installe et déclenche une série de musique en MP3 de Bob Marley.

Le manque de moyens libère des potentiels de créations et d’innovation toujours insoupçonnés. Modou a eu l’idée de se substituer à la Sonatel, provider internet local ainsi qu’à Canal+, pour distribuer dans le village l’accès à internet et aux programmes de la TV cryptée.

Beaucoup de câbles, un amplificateur de signal tous les 100m et quelques mois plus tard : les clients officieux se comptent par centaines. Les câbles suivent des méandres inextricables parmi les ruelles étroites que mêmes les pompiers et les autorités se refusent à emprunter. Les clients bénéficient de l’internet ADSL ainsi que des programmes Canal+ décryptés pour 2000 FCFA (3€) par mois, tarif très inférieur à celui des distributeurs agréés.

L’échelle des besoins que nous avons gravie marche à marche dans nos pays développés a peu de résonnance ici. De longues étapes ont été écartées mais la consommation est là. Les opérateurs et les investisseurs l’ont bien compris.

UN INVESTISSEMENT POUR L’AVENIR : LANCEMENT DU CABLE « ACE » SOMMAIRE

SAT-3/WASC”, c’est à dire “South Atlantic 3/West Africa Submarine Cable” est un câble sous-marin de fibre optique qui relie le sud de l’Europe à l’Afrique du Sud avec des connexions à plusieurs pays d’Afrique de l’ouest Francophone.

SAT-3 a été mis-en œuvre grâce à un consortium d’opérateurs qui compte 36 actionnaires dont France Télécom à hauteur de 12.08%. Depuis 2001, il est l’unique la connexion de l’Afrique de l’ouest au reste du monde. 

Cartographie des câbles sous-marins : mise en évidence de SAT-3 (en blanc).
(Plus d’information sur les câbles sous-marins voir :
http://www.cablemap.info/)

Début 2012, ACE (Africa Coast to Europe) reliera l'Afrique à l'Europe, offrant un débit en bande passante 1500 fois supérieur à SAT-3 qui continuera de fonctionner en parallèle. Ce nouveau câble en fibre optique, longeant toute l'Afrique de l'ouest sur plus de 17 000 km, desservira vingt-trois pays, dont la Mauritanie, la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la RDC, l'Angola. Le Mali et le Niger, qui ne disposent pas d'un accès à la mer, seront connectés via un câble terrestre.


Cartographie des câbles sous-marins : mise en évidence de « ACE » (en blanc).

La construction du câble ACE représente pour les opérateurs un investissement d'environ 700 millions de dollars (soit 587 millions d'euros), dont 250 millions à la charge de France Télécom.

Selon un communiqué de l'opérateur français, "En signant cet accord, France Télécom-Orange renforce sa présence sur le continent africain et contribue à réduire la fracture numérique dans cette région du monde".

ACE permettra de fournir l’infrastructure nécessaire au déploiement d’internet pour L’Afrique.  Selon Didier Duriez, (Directeur des réseaux internationaux d’Orange) « plusieurs pays africains, comme le Sierra Leone, la Guinée Équatoriale, n'ont accès à aucun câble. D'autres ont accès à un seul câble, plus tout jeune (SAT-3), et en cas d'incidents, ils n'ont comme bouée de secours que le satellite, qui est incapable d'accompagner les utilisateurs de l'internet haut débit. Ces derniers, ainsi que les entreprises ont un besoin très fort de connectivité, que ce soit vers d'autres continents et entre eux. L'Afrique a besoin d'infrastructures qui tiennent la route ».

Le secteur des télécommunications semble promis à un bel avenir. Il n’est pas concevable pour  France Télécom, société commerciale, de se placer sur ce marché à perte. Les retours sur investissement seront vraisemblablement à la mesure des sommes investies, c'est-à-dire colossaux.  

DEPUIS 2001
SAT-3 : LES 12 PAYS DESSERVIS

PREVISIONS 2012
ACE : LES 23 PAYS DESSERVIS


1 - Cacuaco (Angola) / Lusophone
2 - Melkbosstrand (Afrique du Sud)
3 - Libreville (Gabon) / Francophone
4 - Douala (Cameroun) / Francophone
5 - Abidjan (Cote d'Ivoire) / Francophone
6 - Accra (Ghana) / Anglophone
7 - Cotonou (Bénin) / Francophone
8 - Lagos (Nigeria) / Anglophone
9 -Dakar (Sénégal) / Francophone
10 - Buenavista (Iles Canaries)
11 - Chipiona (Espagne)
12 - Sesimbra (Portugal)


1 - Melkbosstrand (Afrique du Sud) / Anglophone
2 - Walvis Bay (Namibie) / Ex colonie allemande
3 - Luanda (Angola) / Lusophone
4 - Mouanda (RDC) / Francophone
5 - Santana (Sao Tomé and Principe) / Lusophone
6 - Libreville (Gabon) / Francophone
7 - Bata (Guinée Equatoriale) / Ex colonie espagnole
8 - Douala (Cameroun) / Francophone
9 - Abidjan (Cote d'Ivoire) / Francophone
10 - Accra (Ghana) / Anglophone
11 - Lomé (Togo) / Francophone
12 - Monrovia (Liberia) / Anglophone
13 - Cotonou (Benin) / Francophone
14 - Lagos (Nigeria) / Anglophone
15 - Freetown (Sierra Leone) / Anglophone
16 - Conakry (Guinée) / Francophone
17 - Banjul (Gambie) / Anglophone
18 - Dakar (Sénégal) / Francophone
19 - Nouakchott (Mauritanie)
20 - Buenavista (Iles Canaries)
21 - Sesimbra (Portugal)
22 - Casablanca (Maroc)
23 - Penmarch (France)

BANDE PASSANTE SAT-3
340 GBPS

BANDE PASSANTE ACE : 512 TBPS
(Soit 1500 fois SAT-3)


L’EXPLOSION DE LA TÉLÉPHONIE MOBILE SOMMAIRE

L’élément le plus frappant en ce qui concerne l’évolution des TIC en Afrique au cours de la dernière décennie est la croissance, forte et soutenue, du nombre d’abonnements à la téléphonie cellulaire mobile et la spectaculaire progression du taux de pénétration (Graphique 1.1).

Plus d’information : Union Internationales de Télécoms / ONU

Entre 2003 et 2008, les taux de croissance annuels pour l’Internet et pour la téléphonie mobile en Afrique ont été pratiquement deux fois plus élevés que ceux enregistrés dans le monde.

En 2000, on comptait 11 millions d’abonnements à la téléphonie cellulaire mobile.

Fin 2008, il y avait 246 millions d’abonnements à la téléphonie cellulaire mobile (X23).

Le taux de pénétration du mobile en Afrique atteint 37% sachant qu’il culmine à environ 90% sur les marchés matures. Il reste donc encore un fort potentiel de développement.

Selon les estimations, 95% des abonnements mobiles de la région utilisent des services à prépaiement par carte, système plus adapté que l’abonnement régulier aux aléas économiques des particuliers. Poussée par la concurrence, la baisse des prix a été l’un des principaux facteurs de cet essor.

L’infrastructure hertzienne (antennes GSM) s’est développée en conséquence. Aujourd’hui, certains pays assurent une couverture réseau  presque totale.

Le passage des opérateurs du modèle GSM vers le modèle des réseaux cellulaires 3G (GSM+Internet) permettrait une diffusion de l’internet sur la même couverture.


INTERNET : ÉTAT DES LIEUX SOMMAIRE

Le nombre de lignes fixes installées chez les particuliers qui n’a quasiment pas augmenté en dix ans (graph 1.4). Cette limite freine le déploiement de l’accès internet via des lignes ADSL fixes.


Plus d’information : Union Internationales de Télécoms / ONU

De fait, le nombre d’internaute n’a pas augmenté dans les mêmes proportions que celui des utilisateurs de mobiles.

En 2000, on comptait 3 millions d’internautes en Afrique subsaharienne.
Fin 2008, il y avait 32 millions d’internautes (X10).

Représentation anamorphique du nombre d’utilisateur d’Internet dans le monde en 2002 : http://www.worldmapper.org/display.php?selected=336

Dans la majorité des pays d’Afrique, moins de 5% de la population utilisent l’Internet.

Plus d’information : Union Internationales de Télécoms / ONU

La valeur du panier de prix des TIC en 2008 correspond à 41% du RNB moyen par habitant. La valeur de ce même panier pour le reste du monde est de 15% du RNB par habitant. Aussi, le particulier s’équipe rarement et l’utilisation d’Internet se fait principalement dans les cybercafés.

Pour les entreprises et les collectivités, le développement économique s’accompagne d’une augmentation des besoins de communication Internationale et les limites de la bande passante ont représenté jusqu’à présent un obstacle majeur.

De  2002 à 2007 la largeur de bande internationale a doublé mais en 2007, l’Afrique disposait d’une largeur de bande inférieure à celle de la République dominicaine, 70 fois moins peuplée. En 2008, l’Afrique, disposait au total d’environ 12 Gbit/s de largeur de bande soit moins d’1/3 de la connectivité de l’Inde.

L’ouverture prochaine du câble sous-marin ACE ouvrira une bande passante bien plus importante et devrait couvrir les besoins.


LES LIMITES DE L’ORDINATEUR PERSONNEL SOMMAIRE

Nos habitudes de consommations en matière de nouvelles technologies ne sont pas applicables pour l’Afrique.
En fonction de notre budget, nous suivons plus ou moins rapidement les innovations des constructeurs et des éditeurs. Les outils sont de plus en plus ergonomiques, toujours plus performants et les conditions d’utilisation de plus en plus confortables. Par contre, leur durée de vie est de plus en plus courte et nos équipements se transforment en produits de plus en plus jetables. 

Tout cela s’intègre dans une infrastructure stable et un climat tempéré. Difficile d’imaginer ce que peut représenter l’utilisation d’un ordinateur en Afrique subsaharienne.

Là-bas, l’objectif n’est pas de suivre les évolutions technologiques mais de lutter pour conserver son matériel plus longtemps possible dans des conditions d’utilisation maximales.  

La période d’hivernage est totalement dévastatrice. Lors des violents orages, les décharges électromagnétiques qui se propagent dans les câbles réseaux et le degré d’humidité proche de 95% ont en général raison de tout matériel qui n’est pas totalement protégé et entretenu. Quant à période sèche, la chaleur qui se mêle souvent à la poussière et au sable se révèle tout aussi dévastatrice.

Même dans des conditions d’utilisation sophistiquées, c'est-à-dire avec un onduleur et une salle climatisée, les variations du réseau électrique, ses coupures et les retours incontrôlés de courant mettent à mal le matériel le mieux entretenu. La durée de vie du matériel est souvent à diviser par 6 par rapport à nos conditions d’utilisation.
Ainsi, l’accessibilité à internet, la mise à disposition de matériel informatique ne suffisent pas à régler la problématique de la fracture numérique.

La refonte en amont des systèmes électriques et leur sécurisation sont un pré requis absolu. La construction de salles adaptées climatisées et sécurisées est tout aussi indispensable. La consommation énergétique d’un tel dispositif est à considérer avec attention ainsi que les compétences nécessaires à son entretien.  

Il faut donc considérer le coût global d’un tel dispositif dans des conditions d’utilisation pérennes.
Cet investissement est majoritairement réservé aux entreprises et aux administrations. Rarement accessible au particulier, les ordinateurs de bureau sont utilisés dans des structures collectives de type cyber qui fonctionnent sur un mode plus ou moins dégradé.

SYNTHÈSE & ORIENTATION POUR RÉDUIRE LA FRACTURE NUMÉRIQUE SOMMAIRE

Même si l’Afrique se positionne comme l’une des régions les plus dynamiques en termes de croissance des TIC, les chiffres absolus ainsi que les taux de pénétration restent bas et l’Afrique reste largement distancée par les autres pays du monde. La fracture numérique entre l’Afrique et le reste du monde est beaucoup plus marquée que les écarts observés entre les différents pays d’Afrique. (Cf. Graphique 3.1 : magnitude de la fracture numérique)


Plus d’information : Union Internationales de Télécoms / ONU

La téléphonie mobile est promise à un bel avenir et le réseau hertzien devrait continuer d’évoluer en conséquence.

Par contre, les lignes fixes et les ordinateurs de bureaux resteront réservés à des utilisations professionnelles capables d’assurer de prendre en charge les infrastructures indispensables.

Concernant l’accès des particuliers à Internet, le passage des opérateurs au modèle 3G (GSM+Internet) permettrait une diffusion de l’internet sur le réseau hertzien. Ainsi, même des régions très reculées pourraient avoir accès au réseau sans attendre que la téléphonie fixe progresse.

Dans ce contexte, les tablettes mobiles, maniables et faciles d’utilisation semblent l’outil le plus adapté. Ce d’autant plus que leur faible consommation énergétique permet de se passer du réseau électrique. Certains outils sont déjà annoncés couplés à un panneau solaire de 8 cellules photovoltaïques permettant de recharger la batterie en 1h.


Plus d’information : http://www.maconsoelec.com/

Les outils existent mais leur coût actuel représente un l’obstacle majeur.

En outre, il faut une véritable volonté politique des gouvernements pour favoriser le large bande hertzien (modèle 3G) en attribuant les fréquences de façon efficace et en libéralisant les systèmes d’octroi de licences. Des organes de contrôle adaptés devront superviser cette mutation des systèmes de communication.

RISQUES DE L’ÉMERGENCE DE CE MODÈLE NUMÉRIQUE SOMMAIRE

Les tablettes Internet mobiles (IPod, etc…) sont des outils de consultation et d’échange multi média. De par leur taille, elles favorisent un mode de communication rapide et ciblé.

Ce mode de transaction s’adresse avant tout au « consommateur » et va dans le sens de l’explosion des réseaux sociaux et collaboratifs sur le modèle du twitt. Les sites internet sont réécrits et segmentés pour proposer des applications adaptées à ce média.

S’appuyant sur  l’explosion de la téléphonie mobile, ce modèle d’utilisation d’Internet semble très adapté au contexte africain. Ce type d’accès à l’information pourrait permettre de grandes avancées sur des thèmes essentiels :

Promouvoir l’accès au savoir et à l’éducation : Consultation de manuels scolaires, d’exercices,  échanges entre les communautés éducatives, … (Interviews vidéo de professeurs du lycée Djignabo de Ziguinchor : « apports des NTIC pour l’éducation »).

Prévenir sur les thèmes vitaux de l’hygiène et de la santé : Information sur l’hygiène, les traitements, suivi des programme sanitaires, signalement des urgences…


Ana morphisme du taux de prévalence du HIV dans le monde en 2004.
(Source : http://www.worldmapper.org/display.php?selected=227)

Développer la bonne gouvernance : La rapidité d’internet et la puissance d’information et de recoupement sont des facteurs permettant à toute société de disposer de plus de transparence. Censure et contrôle de l’information sont plus difficiles à mettre en place et toute opposition se voit disposer d’un média d’expression naturelle.

De leur origine téléphonique, les tablettes conservent un aspect « ludique et pratique» et ne peuvent être considérées comme un outil de travail au sens propre. Elles ne sont pas adaptées aux  « producteurs » de contenus et aux « créateurs » numériques  et dans nos sociétés, elles sont un outil complémentaire aux ordinateurs.

Dans un modèle de développement d’internet basé sur l’utilisation de tablettes, il y a accès à l’information mais il n’y a pas de « production » possible.

Les structures collectives équipées d’ordinateurs de travail restent donc aujourd’hui un complément nécessaire pour « produire » et « diffuser » du contenu.


ATTENTION, « TOUBAB DENEW NIT !!! » SOMMAIRE

« Toubab denew nit » en wolof, c’est-à-dire « le blanc n’est pas humain » reste l’expression positive consacrée pour représenter notre ingéniosité, notre savoir-faire et notre développement, mais également notre non humanité.

De même la problématique de réduction de la fracture numérique met en avant deux visions antagonistes et pourtant complémentaires :

La vision économique des investisseurs et des opérateurs télécoms dont les projets développent les infrastructures, même si leurs objectifs sont essentiellement financiers.

La vision humaniste des acteurs civils, au fait des problématiques endémiques du continent,  convaincus qu’Internet peut apporter de nouvelles solutions mais disposant de peu de moyens pour les mettre en œuvre.

Si l’évolution de la téléphonie mobile peut se dispenser de la construction ou modernisation des infrastructures classiques (électricité, lignes fixes), ces supports sont encore incontournables pour les installations d’ordinateur de travail. Cette dépendance est par exemple  très problématique pour les structures éducatives, tout particulièrement dans des zones isolées.

Ainsi, des intentions humanistes restent aujourd’hui indispensables pour permettre aux jeunes générations d’accéder à tout le potentiel d’internet et à terme, pour préserver la diversité culturelle.

CONCLUSIONS SOMMAIRE

En termes de développement et de réduction de la fracture numérique, notre modèle de pays industrialisés ne s’applique pas pour l’Afrique.

Notre parcours ne peut fonctionner à l’identique dans des conditions si différentes.

L’internet de demain se fera vraisemblablement via les mobiles et les tablettes de 3ème  génération avec des réseaux hertziens. Les sites internet qui seront créés intègreront directement les technologies pour les applications mobiles tels l’IPhone, l’IPad, le BlackBerry et autres mobiles fonctionnant sous licences Android…

Certains pays n’ont pas encore pris les mesures requises pour mettre en place un régulateur indépendant, permettre au secteur privé d’investir et introduire une libre concurrence.

En complément nécessaire, les structures collectives de travail devront progresser. L’enjeu ici n’est pas tant de disposer d’internet pour toucher de nouveau « consommateur » mais de se donner les moyens de former des « producteurs » de contenus, des « créateurs » numériques afin que le continent puisse produire et diffuser sa propre perception de ce monde.

Cependant, cela ne sera pas suffisant et la problématique doit être envisagée d’un point de vue global. L’aspect énergivore des dispositifs est à repenser et l’éco-responsabilité des populations est à construire. Il ne s’agit pas de faire un simple copier/coller de ce qui fonctionne ou à fonctionné chez nous en se déresponsabilisant du sujet, mais bien de réinviter un internet global : Accessible,  Eco-suffisant et non polluant.


SOURCES SOMMAIRE
  • Communiqué France Télécom-Orange : Accord de construction du nouveau câble sous-marin ACE (le 8 juin 2010).
  • Journal « Le Monde » du 15 septembre 2010 : « L’Afrique bien partie pour prendre son envol »
  • Journal « Libération » du 21 septembre 2010 : « PNUD (Programme de Développement des Nations Unies) : Les objectifs du millénaire ».
  • Interview de Monsieur Nouha Cissé : Proviseur du lycée Djignabo de Ziguinchor (Sénégal) réalisée par Humanitarian Techno Pole.
  • Rapports annuel de l’Union Internationale des Télécommunications (IUT) pour 2002 et 2009. L’UIT est l’institution spécialisée des Nation Unies pour les technologies de l’information et de la communication.
  • L’atlas de l’intégration régionale et étude démographique (2007) à l’initiative de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l’Ouest), du CSAO (Club Du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest) et de l’OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique), financée par les coopérations française, suisse et luxembourgeoise.
  • Site internet http://www.cablemap.info/ pour la cartographie des infrastructures des câbles sous-marin STA-3 et ACE.
  • Site internet http://www.worldmapper.org/index.html pour les images anamorphiques comparatives.
  • Discourt de son Excellence André Parent, Ambassadeur de France au Sénégal lors de l’inauguration du dispositif internet du lycée Djignabo (2005 - Sénégal). Lire le discourt.
  • ARTE : émission diffusée le 7 septembre 2010 « La face cachée du pétrole ».
  • CNRS : Martine Vanhove (Directrice de chercheur au CNRS : Membre du LLACAN « Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noir »).
  • Le CNRS en partenariat avec FRB (Fondation pour la recherche sur la Biodiversité) et l’IRD  (Institut de Recherche pour le Développement) : Dossier Biodiversité.