Association Humanitaire internationale de développement
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LETTRE D'INFORMATION N°4 DU 5 MARS 2004

Témoignage d’Ibrahima Diatta, ancien élève du lycée Djignabo…
Ibrahima est né à Ziguinchor en 1970. Etudes secondaires au lycée Djignabo de 1987 à 1991, Excellent élève, « parmi les 5 premiers » dit-il modestement, il se partage entre son travail scolaire et le foot. Son père, artisan tailleur, le pousse vers les études, orientation assez naturelle dans la région la plus scolarisée du Sénégal, et puis Ibrahima « aime bien étudier ». C’est préférable d’ailleurs, car à partir de son bac, il enchaîne… Licence de physique chimie à Dakar, puis diplôme d’ingénieur télécom en aéronautique au Niger, il sort major de sa promotion en 1999, part à Grenoble pour un DEA de signal image parole et télécom INPG. On le rencontre aujourd’hui à Paris XII où il termine un doctorat sur le codage des systèmes VDSL, tout en donnant des cours dans un IUP (Institut Universitaire Professionnel).
Parcours sans faute, pas de difficulté majeure, ou en tous cas pas de difficulté avouée. L’expatriation semble presque naturelle, Ibrahima va là où l’école est bonne. L’arrivée à Grenoble est certes un peu rude, des matières considérées comme acquises alors qu’elles ne le sont pas pour lui, une ambiance un peu distante, on prend un thé à la cafete mais guère plus. La convivialité de sa résidence universitaire, la douceur de la vie grenobloise, la disponibilité de ses professeurs et l’intérêt des ses études l’aident à passer le cap du début. De la suite, il n’a que de bons souvenirs.
Paris, il n’y a pas de secret, c’est dur ! Ibrahima termine sa thèse cette année, il compte ensuite chercher du travail. Vu le contexte, il espère un poste d’enseignant dans lequel il a déjà de l’expérience. Ce qu’il souhaite, c’est d’être le plus performant possible dans son domaine, devenir un expert. Ce qu’il aimerait, c’est retourner à Ziguinchor mais trouver du travail là bas est très peu réaliste. Ibrahima nous a contacté après avoir vu notre stand aux « journées pour la Paix et la Solidarité » du Val de Marne, car il veut au moins aider sa ville :
« Quand je vois cette ville, le retard qu’elle a, je pense il y a du travail … et je veux aider… c’est un devoir pour moi … »

Depuis la France, c’est difficile de se représenter la situation là-bas, peux-tu nous aider à comprendre ?
«Quand j’étais petit, des fois on se réunissait à 4 ou 5 pour travailler, on voulait faire des exercices, mais des exercices il n’y en avait pas... Plus tard, c’est un professeur français du lycée qui nous rapportait des manuels scolaires à chaque retour de vacances. Dans ma classe on était seulement 20, c’était une classe scientifique, les manuels qu’il rapportait suffisaient… mais dans les autres classes, ils pouvaient être plus de 60 et il n’y avait pas de manuel… aujourd’hui, c’est toujours pareil. »

Pourtant, ça a changé, il y a des ordinateurs au lycée Djignabo…
«Au lycée Djignabo, c’est un luxe les ordinateurs qu’ils ont, c’est le seul lycée de la région qui en a… mais ce n’est pas comme en France, il y a seulement une vingtaine d’ordinateurs pour 4000 élèves… et c’est une tristesse de voir qu’ils les utilisent à peine»

Comment expliques-tu que les ordinateurs soient si peu utilisés ?
« Quand on voit un ordinateur, c’est impossible d’imaginer tout ce qu’on peut faire avec, il n’y a aucune intuition. Ici, presque tout le monde travaille avec un ordinateur et utilise Internet d’une façon ou d’une autre. Utiliser un logiciel, changer de logiciel, chercher de l’information, s’adapter, c’est possible, il y a une logique, on a des réflexes. Quand on n’a pas cette base c’est difficile de comprendre ce qu’on peut attendre d’un ordinateur, il faut qu’on vous montre… »


En fait, les gens s’en serve seulement pour l’envoi des mails...
« Oui, c’est ça… l’autre jour, un ami professeur m’a envoyé un mail pour me demander des manuels scolaires avec des informations récentes sur la communauté européenne… je lui ai répondu, mais va voir sur Internet !... Il y est allé et il a trouvé tout ce qu’il cherchait»

Toi aujourd’hui, tu prépares un doctorat d’informatique… ça ne t’as pas gêné ce manque d’ordinateurs ?
«Quand je suis arrivé à Grenoble, tout se faisait sur ordinateur et il m’a fallu du temps pour m’adapter…pourtant c’était mon domaine et pourtant j’avais déjà travaillé sur ordinateur au Niger… Aujourd’hui l’écart creusé est de plus en plus difficile à franchir, la technologie avance vite, très vite, le retard à combler est de plus en plus grand. »

Mais l’écart n’est pas si grand pour tout le monde, tout le monde ne fait pas de doctorat informatique…
« Je donne des cours dans un IUP. Je vois arriver des étudiants africains qui ne connaissent pas les ordinateurs et c’est un handicap énorme pour eux aussi. Pourtant ce sont de très bons élèves, on le voit bien sur les matières théoriques mais dès qu’on passe à la technique, ils sont coulés. Comme partout, certains rattrapent le retard mais d’autres non et la difficulté existe pour tous. Ils n’ont aucune image, aucun référentiel, aucun réflexe et ils doivent courir en quelques mois le parcours des étudiants français qui travaillent sur ordinateur depuis des années.»

Que penses-tu du projet pour le lycée Djignabo, penses-tu que les professeurs suivront ?
« Aujourd’hui, c’est indispensable de savoir se servir d’un ordinateur. Je suis scientifique est c’est évident dans mon domaine mais c’est vrai dans tous les domaines. Cet apprentissage en France, maintenant c’est à l’école qu’on le fait… et il faudrait que ce soit pareil à Ziguinchor… Et c’est sûr que les professeurs suivront, pareil pour les élèves… une fois qu’ils auront trouvé sur Internet des réponses aux problèmes qu’ils ont aujourd’hui, une fois qu’ils auront vu tout ce qu’on trouve sur Internet… Depuis Ziguinchor ils pourront voir le monde, découvrir un environnement universel… »

Commentaire de l’auteur : sans commentaire !

Pour en savoir plus… :
Ibrahima Diatta est adhérent de l’association, pour en savoir plus ou pour le contacter, utilisez le forum de discussion du site www.humtec.org.


Depuis la dernière lettre d’information.

Travail à plein temps sur la relance des dossiers de subvention en cours et les rencontres avec les bailleurs.
• Le ministère des affaires Etrangères a transmis notre dossier à l’ambassade de France à Dakar avec un avis favorable, nous attendons la réponse.
• Confirmation du soutien de la mairie de Saint Maur et du Comité de jumelage.
• Soumission d’encore deux nouvelles demandes de subvention auprès de bailleurs privés.

Partenariats
• Un partenariat avec l'EISTI (Ecole Internationale des Sciences du Traitement de l'Information) est lancé. Il permettra à l'association de développer le E-learning et le travail collaboratif via l'utilisation des réseaux.
• La société de conseil : Business & Décisions accepte de nous faire une première donation de matériel informatique (portables, serveur, ordinateurs, ... ).

Des nouvelles de Ziguinchor,
• Monsieur Nouha Cissé, proviseur du lycée Djignabo, attend le démarrage du projet avec impatience… !
• Monsieur Youssouf Diatta, responsable de la salle informatique actuelle du lycée (et cousin d’Ibrahima Diatta) nous écrit pour nous informer des actions en cours. Lui aussi attend le démarrage du projet avec impatience pour être enfin aidé dans l’action d’information qu’il mène auprès des professeurs.
• Notre dossier projet est bien accueilli par l’Agence Régionale de Développement (ARD) de Ziguinchor. L’obtention de la subvention demandée est conditionné par l’enveloppe budgétaire dont disposera l’ARD pour 2004, enveloppe qui n’est pas encore définie… !

A paraître dans les kiosques :
• Grâce à la collaboration active de certains membres, un article sur l'association et sa Vice Présidente, Sophie de Herdt est à paraître dans 01 Informatique.

Abandon provisoire de l’expo photo :« Ziguinchor, plutôt la vie… ».
Malgré notre désir de l’organiser, force est d’admettre pour l’instant qu’il nous est impossible de le faire… il faut du temps et un peu d’argent… nous n’avons ni l’un, ni l’autre !
Ce n’est que partie remise, l’exposition sera de toutes façon plus festive quand nous pourrons en même temps annoncer le démarrage du projet.


Prévu ce mois-ci.

Grande étape : Nous attendons la réponse finale de deux de nos bailleurs. S’ils nous accordent les subventions demandées, le projet Ziguinchor peut commencer !!! Dans tous les cas, nous serons fixés au mois de mars sur l’avenir du projet Ziguinchor.


A prévoir ce mois-ci ...

Partez en Amérique Latine avec le livre de Maurizio Ferrara « Septembre est le mois des ouragans » chez Benoît Jacob. Nous vous avions déjà envoyé un message lors de sa parution. Après lecture, nous vous recommandons vivement le voyage... si vous voulez contacter l’auteur, utilisez le forum de discussion du site www.Humtec.org.



PROCHAINE LETTRE D'INFORMATION AVRIL 2004