LE KAZA ET LE KAABU
Au XVème siècle, le royaume du Kasa rassemble et structure les peuples baïnounks présents en Casamance jusqu’à Sedhiou. A l’embouchure du fleuve une zone à dominante ethnique Diola reste à part.
Explorant les rivages la côte, les italiens découvrent la région en 1455. Quelques années plus tard, les Portugais, déjà installés aux îles du Cap Vert et à l'île de Gorée, descendent vers le sud et commercent avec le Kasa.
A l’est, depuis le XIVème siècle la confédération du Kaabu, anciennement vassale de l’empire du Mali prend un essor menaçant sous la poussée des guerriers Nianthos. Elle absorbe progressivement le Kasa. Au début du XVIeme, le Kaabu est un empire qui s’étend de la Gambie à la Guinnée Bissau en recouvrant la Moyenne et la Haute Casamance. Sa capitale est Kansala ( Guinée-Bissau actuelle). Les territoires sont reliés entre eux par des circuits commerciaux très actifs. Le comptoir de Ziguinchor est créé en 1645 par les Portugais, au carrefour des routes commerciales.
De cette période au début du XIXème siècle, portugais, anglais, hollandais et français implantent des comptoirs sur toute la côte de l’actuel Sénégal… Ils se les disputent et multiplient alliances et contre alliances avec les populations locales pour contrôler les commerces lucratifs des esclaves et de la gomme arabique. Le commerce des esclaves se heurte à l’hostilité farouche des peuples forestiers Baïnouks et Diolas.
LA COLONISATION FRANCAISE
Le début du XIXème siècle marque la fin du commerce des esclaves. En 1814 le traité de Paris donne le Sénégal à la France qui étend progressivement sa présence à travers tout le territoire. En 1836, les français fondent leur premier comptoir commercial de Casamance à Carabane, petite île à l’embouchure du fleuve. Puis plus en amont, au-delà de Ziguinchor, le comptoir de Sedhiou.
A partir de 1852, une politique de conquête territoriale s’instaure sous l’impulsion du gouverneur Faidherbe. Entre temps, l’empire du Kaabu a décliné et les peuls se lancent dans une lutte de libération avec l'appui du Fouta Djallon musulman. De cette lutte naît le "Fouladou" ("le pays des Peuls" en mandingue).
Les français s'implantent à Ziguinchor en 1888. La conquête coloniale se heurte la résistance des chefs religieux et aux attaques persistantes des populations forestières. Dès 1859, des renforts sont envoyés sous la direction du commandant Protet (fondateur de Dakar) qui reçoit des félicitations « pour l'heureux succès de l'expédition menée en Casamance ». L’année suivante, son fils est tué dans l’attaque de Carabane. C’est le début d’une lutte qui ne s’arrêtera jamais complètement.
En 1904 les limites administratives de l'A-OF (Afrique-Occidentale française) sont fixées avec Dakar comme capitale. La Gambie anglaise et la Guinée Bissau portugaise, sont ‘’enclavées’’ dans une vaste présence française dont la Casamance fait partie. 
La résistance des populations de Casamance est régulièrement relancée par les abus de l’administration coloniale. Les acteurs de cette lutte sont présents dans les mémoires : Djinabo Badji, roi du village d’Elinkine tué 1906, le Roi de M’Lomp emprisonné en 1942 ainsi que la reine Aline Sitoe Diatta déportée à Tombouctou… En 1947, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) est créé.
GUERRES ET PAIX
En 1960, le Sénégal devient indépendant, et la Casamance une des huit régions du nouvel Etat.
Dans les années 80, avec la crise économique, le mouvement casamançais (MFDC) est réactivé, renforcé par un sentiment de marginalisation, le phénomène de migration des " Nordistes " et l'attribution des terres aux populations du nord au détriment des autochtones. L'abbé Augustin Diamacoune Senghor devient le leader du mouvement indépendantiste.
En 1982 la répression d’une manifestation à Ziguinchor marque le tournant vers la lutte armée . Les vingt années qui suivent sont une longue liste d’attaques et de ripostes de part et d’autre. La perméabilité des frontières, les intérêts contradictoires et les luttes de pouvoir mettent systématiquement en pièces toutes les tentatives de conciliation. Des accords de cessez-le-feu sont conclus en 1991, 1992, 1993, 1995, 1999, 2001… Toujours les combats reprennent.
Au bout de vingt ans, la Casamance est devenue l’une des régions les plus pauvres du pays : villages détruits, terres agricoles minées, populations déplacées…
« … nous estimons à 60 000 le nombre de villageois qui ont quitté leurs terres]…[Sur les 200000 hectares de terres cultivables, moins de la moitié sont vraiment exploités » affirme Handicap International. Le Programme Alimentaire Mondial intervient en Casamance, en particulier dans les régions frontalières (Gambie, Guinée Bissau) où les populations se réfugient à chaque relance des conflits.
Le 26 septembre 2002, le naufrage du Joola, ajoute ses morts à ce triste tableau et isole la région encore plus radicalement du reste du pays.
LA COUPE EST-ELLE PLEINE ?
Le 27 octobre 2002 pour exiger le retour de la paix 3.000 femmes défilent à Ziguinchor. A la tête du rassemblement les 400 femmes du bois sacré qui se sont regroupées dans l’association Kabonkétor, « pardonner » en Diola.
En mai 2003, une nouvelle rencontre entre le président Wade et l’abbé Diamacoune Senghor relance le dialogue de paix.
En mai 2004, lors des Assises du MFDC à Ziguinchor , l’abbé Diamacoune obtient des maquisards qu'ils renoncent à la lutte armée…
Le 06 juillet 2004, l'Assemblée nationale du Sénégal a voté à l'unanimité une loi d'amnistie en faveur des combattants du MFDC.
Même si chacune de ces étapes ne rassemble pas tous les suffrages, une réelle marche vers la paix semble être engagée. Tous veulent y croire. De nombreux programmes sont en cours pour aider à la reconstruction de la région : déminage, reconstruction des villages, retour des population déplacée, réinsertion des combattants, réhabilitation des infrastructures… éducation. Ziguinchor se prépare à fêter son centenaire dans ce mouvement de paix et veut rassembler toute la population autour de la réconciliation.
Nous espérons contribuer au désenclavement de la région et à l’enracinement de la paix avec le centre de ressources Internet au lycée Djignabo, point d'ouverture, d'accès au savoir et de partage des connaissances.
Pour en savoir plus … :
Cet article a été rédigé à partir d’informations collectées sur Internet sur les sites spécialisés et dans les quotidiens sénégalais. Face aux multiples contradictions et interprétations nous avons tenté de rester le plus objectif possible. Pour toute correction ou complément d’information, merci aux lecteurs de réagir sur le forum.
Les sources principales :
Site officiel du gouvernement sénégalais
OIF (Organisation Internationale de la Francophonie)
FIDH (Fédération Internationale desDroits de l’Homme) en particulier le rapport sur le conflit en Casamance.
Article de Monsieur Yaya Mané sur le site du Collectif des Cadres Casamançais.
Histoire précoloniale : article de Monsieur Mamadou MANÉ, Historien, Secrétaire Général de la Commission Sénégalaise pour la Francophonie sur le site du Razic (Rassemblement des Ziguinchorois pour le Centenaire). suivre /Ziguinchor /histoire.
Pour en voir plus… :
Une nouvelle expo photo "couleur" sur le site humtec.
Expo noir et blanc :"Ziguinchor : Plutôt la vie ..."
plus de reportages sur : www.photoreportage-news.com
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